Vous ouvrez votre téléphone pour vérifier l’heure. Vingt minutes plus tard, vous êtes toujours dessus, à faire défiler des nouvelles dont aucune ne vous concerne directement, et vous vous sentez vaguement plus mal qu’avant. Ce comportement a un nom depuis quelques années : le doomscrolling.
Pourquoi le flux ne s’arrête jamais tout seul
Ce n’est pas un défaut de volonté. Les interfaces sont conçues pour ne pas offrir de point d’arrêt : le défilement est infini, il n’y a pas de dernière page, pas de moment où l’on aurait « fini ». Un journal papier se termine, un fil d’actualité non.
S’ajoute un biais de traitement bien identifié : notre attention est spontanément captée par ce qui signale un danger. C’est une caractéristique utile quand l’information concerne notre environnement immédiat, beaucoup moins quand elle porte sur des événements lointains sur lesquels nous n’avons aucune prise. Le mécanisme d’alerte se déclenche, mais aucune action ne vient le refermer.
Ce que ça produit concrètement
Trois effets reviennent souvent dans les témoignages, et méritent d’être distingués.
Le premier concerne le sommeil. Une session de défilement en fin de soirée combine deux facteurs : la lumière de l’écran et l’activation émotionnelle du contenu. L’endormissement s’en trouve retardé, et la qualité de la première partie de nuit avec.
Le deuxième touche à la perception du monde. À force d’exposition à des événements graves, on surestime leur fréquence réelle. Ce n’est pas une opinion, c’est un mécanisme cognitif classique : ce qui vient facilement à l’esprit paraît plus courant qu’il ne l’est.
Le troisième est le plus insidieux : le sentiment d’impuissance. Suivre en continu des situations sur lesquelles on ne peut rien produit une forme d’épuisement particulière, sans l’effet réparateur que procure l’action.
Ce qui fonctionne, et ce qui ne fonctionne pas
Se couper complètement de l’information ne fonctionne pas, et ce n’est d’ailleurs pas souhaitable. Les tentatives de sevrage total tiennent quelques jours et se soldent par un retour en force.
Ce qui tient dans la durée relève plutôt du cadre. Définir un moment dans la journée, une fois ou deux, plutôt qu’un accès permanent. Privilégier les formats qui se terminent : un journal, une newsletter, une émission, tout ce qui a une fin. Désactiver les notifications d’actualité, qui sont le principal point d’entrée non choisi.
Un geste simple change beaucoup de choses : sortir le téléphone de la chambre. Pas par principe moral, mais parce que la première et la dernière consultation de la journée sont celles qui installent l’habitude.
Rééquilibrer la diète, pas la supprimer
L’autre levier consiste à diversifier les sources, en incluant des médias qui documentent aussi ce qui avance : recherches abouties, dispositifs qui marchent, initiatives locales qui ont produit des résultats. Ce n’est pas une question d’optimisme de façade, c’est une question d’exactitude : un régime d’information composé uniquement de ce qui va mal donne une image fausse du réel autant qu’un régime composé uniquement de bonnes nouvelles.
C’est la ligne que suit Infos Positives, qui traite l’actualité sous cet angle sans occulter les sujets difficiles.
Quand ça dépasse le cadre de l’habitude
Si l’anxiété liée à l’actualité perturbe le sommeil de façon durable, gêne la concentration au travail ou conduit à éviter des activités habituelles, il ne s’agit plus d’une simple habitude à corriger. En parler à un médecin traitant ou à un psychologue est alors la démarche indiquée. Cet article est informatif et ne constitue pas un avis médical.
Une remarque pour finir, valable quel que soit le sujet. Remplacer le temps de défilement par un temps d’action, même minuscule et même locale, referme la boucle que l’information laisse ouverte. Donner deux heures à une association proche de chez soi agit sur le sentiment d’impuissance là où aucune lecture supplémentaire n’y parviendra.